Lettre au peuple de Guinée (Lamarana Petty Diallo)

Dans cette lettre monsieur Lamarana Petty Diallo s’adresse à ses compatriotes sans exclusive aucune. Il rappelle le passé et la fierté guinéenne tout en attirant l’attention de tout un chacun sur le présent et les enjeux du futur.

Peuple de Guinée, tu es un peuple pionnier. Mais pas que. Tu es un peuple exemplaire. Un porte- flambeau de l’histoire africaine et dans une large mesure, mondiale.

Peuple de Guinée, ta nation est bâtie sur la diversité : humaine, ethnique, linguistique, culturelle, religieuse. Cela ne date pas d’hier. C’est ta substance, ton ADN, ton sang, ta sève, ton âme.

Peuple de Guinée, tu te réclame des mêmes héros : Samory, Dinah Salifou, Zébela Togba, le Wali de Gomba, Bocar Biro, Alpha Yaya, El Hadj Oumar, etc. Ces héros n’ont jamais eu besoin qu’on les appelle Malinké, Soussou, Forestier, Peul. Ils étaient tout cela à la fois et en même temps car ils défendaient les mêmes valeurs humaines, politiques, culturelles, religieuses. Ils avaient la même croyance aux hommes et en Dieu.

Ces héros ont inspiré bien de nos actions et de nos faits historiques et glorieux dont la libération de notre pays. Notre indépendance est le fruit de la longue chaine de courage, de bravoure, de combats et de luttes qu’ils ont tissé tout au long de l’histoire du territoire qui s’appelle « Guinée ».

Cette indépendance n’est pas le simple fait d’une conjonction de circonstances. Elle est le résultat de combats que chacun de nos vaillants ancêtres a mené en son temps pour préserver cette parcelle de terre qui fut l’objet de tant de convoitise de Galliéni à de Gaulle.

Peuple de Guinée, certains de tes fils semblent avoir oublié ton passé glorieux. Ils ont érigé des barrières partout où il y avait une entente, une unité d’action ou un idéal collectif. Ils se sont appropriés pour les avilir les valeurs défendues par nos héros d’antan. Ils se sont évertués à instaurer la division et à instrumentaliser la diversité.

Ils se sont attelés à détruire la nation en s’appuyant sur le pire des instruments : la politique. Ce machin oh ! combien bénéfique s’il est entre de bonnes mains. Hélas, doublement hélas, combien ravageur s’il est tenu par des esprits malsains. C’est ce qui semble nous arriver aujourd’hui plus que par le passé.

Hier, tout n’était pas rose ou merveilleux mais l’espoir était permis. Tel n’est plus le cas aujourd’hui car la violence s’abat sur notre pays. Une violence inouïe, inhumaine, impensable, inimaginable. Surtout horrible.

Aujourd’hui, en Guinée, on ne se contente pas uniquement de tuer. La mort ne suffit plus au pouvoir en place. Il s’est substitué à Dieu tant et si peu qu’il y ait un seul tenant de ce pouvoir, un seul adepte du système actuel qui pense qu’il y ait un Être Suprême.

Oui, chez nous en Guinée, tuer est insuffisant. Il faut encore tuer le mort. Tuer ne suffit plus, il faut punir le mort à la place de Dieu. Il faut le juger, l’exposer jusqu’à ce qu’il expire ici-bas ses péchés car le Guinéen tue et juge désormais.

Oui, le Guinéen, tue et décide qui ira au cimetière et qui n’ira pas. Oui, en Guinée, on s’autorise la mort et on refuse l’enterrement. On décide qui et comment tuer : par balles, bastonnade, torture, brûlure. On décide également si l’on pardonne ou l’on éprouve comme si on était détenteur du Châtiment ou de la Miséricorde divine.

Oui, en Guinée, les fils et filles tuées arbitrairement ne méritent plus ni morgue, ni linceul, ni cercueil, ni compassion, encore moins des larmes. Chez nous en Guinée, les bourreaux sont des héros et les morts des coupables, « des coupeurs de routes, des bandits », dixit le président de la République en personne.

Un président qui a envoyé cent vingt guinéens à la mort. Un président qui, par son mépris, a fait plusieurs centaines de blessés, de handicapés, d’orphelins. Un président qui se pavane et se vante d’avoir envoyé les forces de l’ordre qui ont des pare-balles tirer sur des jeunes qui, au pire, non que des pierres.

Oui, peuple de Guinée, le président que tu as élu, fait tuer les enfants et tirer sur les parents : ces malheureux survivants qui n’ont pas eu le réflexe de mourir avec leurs progénitures. Il les punit d’avoir osé survivre et ainsi désobéir à sa toute-puissance.

Peuple de Guinée, comme Cicéron, ton président, monsieur Alpha condé, autorise ou refuse la vie. S’il faut vivre ou mourir, il faut lui demander la permission. Tout contestataire à sa loi quasi-divine s’expose à la mort et à l’exposition de son cadavre à la clinique de ses amis cyno-alphaén.

Des cadavres exposés, des corps mutilés laissés sous la pluie et le soleil sans sépulture. Des cadavres en rétention comme des prisonniers. Des parents et proches lynchés, pourchassés, noyés dans la fumée des bombes lacrymogènes, des leaders d’opinion séquestrés, menacés.

Peuple de Guinée, il est temps de te réveiller plus que tu ne l’avais fait par le passé car le moment présent est le pire de ce que tu as vécu.

Il est temps de te réveiller car ceux qui croyaient que le système politique actuel a épargné ou va épargner un seul guinéen, une seule ethnie, une seule entité socio-professionnelle ont compris qu’ils se trompaient.

Un rapide bilan, un petit survol historique montre clairement que personne, aucune ethnie, aucune région n’a échappé au système Condé. Il n’y a pas une seule once de paix ou de bonheur avec le pouvoir post-jungle.

Depuis la soi-disant attaque de la résidence privée du président Condé en 2011 qui a conduit à l’arrestation de plusieurs civiles, militaires et paramilitaires, il n’y a eu qu’un enchaînement de violences en Guinée. Les exactions ne se sont jamais interrompues avec leurs séries de répressions ciblées par ethnie, région ou milieu professionnel.

Qui ne se rappelle les victimes de Zogota d’août 2012. Ensuite, c’est la Moyenne-Guinée qui fut la cible du pouvoir. Ainsi, cette région a enregistré le plus grand nombre de victimes (en termes de morts, blessés et autres exactions) entre 2010 et aujourd’hui. Elle détient le macabre score parmi les morts d’Alpha Condé.

Maintenant, c’est la Basse-Guinée qui semble être dans le viseur. Bien de cadres du cercle présidentiel et du gouvernement, assistent impuissants ou complices, aux supplices des leurs. Les arrestations, ces derniers temps, d’officiers de ladite région en sont la preuve.

Plus que tout, la Basse-Guinée a été grugé : ni l’exploitation de ses richesses minières ni la confiance qu’elle a placée à celui qui se réclamait être son descendant du côté maternel, son neveu donc, ne l’a épargné des aléas de sa gouvernance. Le système s’en est servi à suffisance dans le plus machiavélique de ses desseins. Surtout en lui faisant croire que le poste de premier ministre lui sied ad vitam aeternam.

En guise de premier ministre, la Basse-Guinée n’en récolta que le titre avant d’en avoir le dernier des premiers ministres qui lui ôta tout : représentativité, loyauté comme l’a rappelé le Kountigui de la région.

Bien naïf qui croirait que la Haute-Guinée est épargnée. Cette région endosse, malgré elle, les bévues d’un système qui en a usé comme le pauvre et son haillon : ni portable, pourtant inséparable.

Bon nombre de ses ressortissants subissent les courroux du pouvoir dès lors qu’ils ne s’inscrivent pas dans la logique ethno-stratégique du RPG. Ils sont, de fait, marginalisés : le cas des leaders du PEDEN et du PADES sont illustrateurs à cet égard.

On voit bien que personne ne s’en sort indemne du pouvoir actuel piloté par le RPG-Arc- en- ciel. Si telle est la réalité, on peut ajouter sans risque d’être démenti que le pouvoir guinéen semble s’être donné lui-même la ciguë. En effet, le malheur des dictatures ou des pouvoirs personnels, c’est qu’ils minimisent la force du peuple. Ils s’installent dans l’arrogance et le mépris. Et, à force de se croire fortes, elles ne voient pas la limite à ne pas atteindre et franchisse le Rubicon.

Peuple de Guinée, la limite a été dépassée. Le manque de compassion pour les victimes et leurs familles, les violences exercées et ciblées, la barbarie dont ont fait preuve les forces d’oppression et non plus d’ordre, ont creusé un tombeau non plus pour les seules victimes mais aussi pour le pouvoir.

Peuple de Guinée, le temps du réveil a sonné. Il est temps que tu l’entendes avant que le pire n’arrive. La preuve, n’a-t-on pas entendu cette excuse de la bouche d’un représentant du pouvoir : « ça me fait la peine de voir que les corps des enfants des autres sont brandis en trophée ». Ayant tué impunément, le pouvoir aurait voulu que les victimes soient enterrées anonymement. L’ignominie n’a décidément pas de limite chez les condéistes.

Peuple de Guinée, Monsieur Alpha Condé est insensible et inhumain. Ne lui demandons rien. Ne lui adressons rien : ni plaidoyer ni compassion. Encore moins une prière. Rien ne le touche. C’est un frustré que rien, ni pouvoir ni argent ne peut satisfaire

Le président guinéen semble être après tout le monde : les Soussous qu’il accuse de l’avoir enfermé. Les Peuls qui lui résistent et l’auraient combattu quand il était en France et en concurrence avec le Rassemblement des Guinéens de l’Extérieur, (RGE). Les Forestiers qui l’auraient livré à Conté. Les Malinkés qui ne l’auraient reconnu qu’à défaut d’un autre.

Peuple de Guinée, une seule chose pourrait toucher monsieur Alpha Condé : le faire partir. Il faudrait buter son système hors de la République en usant des lois républicaines qu’il est en train de dévoyer. Lui ôter la part de Dracula, un vampire des Carpates, qu’il porte en lui pour se nourrir du sang des Guinéens.

Peuple de Guinée, le pouvoir actuel ne mérite plus ni compassion, ni pitié après tant de meurtres, de viols, de violences, d’assassinats. Il est temps que tout cela cesse avant que, d’assassinats, il ne passe au génocide. Alors, soutenons le FNDC et les leaders de l’opposition dans leur lutte : notre lutte.

Pensons un seul instant que les victimes du pouvoir guinéen disent : « ça suffit. Désormais, c’est œil pour œil, dent pour dent, un mort, c’est un mort. Ce sera, le nôtre contre le leur ». Si cela arrivait, nous serions tous coupables et complices car nous aurions dû réagir avant de laisser faire. En sommes-nous très loin quand une communauté, composante à part entière de la nation, appelle les organismes internationaux comme l’Organisation des Nations Unies au secours ?

Peuple de Guinée, la morve qui coule des narines n’est pas loin de la bouche. Si l’eau n’éteint pas le feu, un contre-feu est censé en venir à bout. C’est cela que nous voulons ?

Que Dieu nous en Préserve.

Lamarana Petty Diallo lamaranapetty@yahoo.fr