De l’Investiture à la Création de l’ADP ou la Chronologie de la fin programmée d’un Président Démocratiquement élu

En une période d’à peine Huit (8) mois d’exercice, le Président de la République se trouve en dessous de toutes les attentes. En effet, le changement tant souhaité a pris une tournure qui surprend plus d’un observateur de la vie politique guinéenne…

Lansana Kouyaté disait récemment qu’il est certes difficile de juger un Président dans une période de grâce de Cent (100) jours pour ce qui concerne la gestion d’un pays comme la Guinée. Mais le peuple a juste besoin de signaux forts qui montrent la voie du changement. Il poursuivra en disant que le bilan est « globalement » négatif.

Ces déclarations viennent de celui qui avait pris l’engagement, il y a juste un (1) an, de se ranger aux côtés de Alpha Condé pour la conquête du second tour. Aujourd’hui c’est ce leader qui jette l’éponge parce qu’il sent que le changement tant souhaité par tout un peuple n’est plus au rendez-vous.

L’analyse qui suit a pour objet de faire le point de ce que j’appelle « la chronologie » d’une fin annoncée. Voilà livrée, cette vision dont le but est de permettre le débat.

1. Le Discours d’Investiture montre dès le premier mot la volonté du Président de diriger le pays avec juste 50% du peuple de Guinée. A ce titre, il remerciera ceux et celles qui ont voté pour lui, tout en laissant entendre que les autres vont comprendre ce qui leur arrive assez vite ;

2. La Stigmatisation d’une Communauté qui n’est rien d’autre que la logique de l’entre deux tour avec pour seul slogan « tout sauf un peuhl ». Toutes les actions sont alors entreprises pour faire en sorte que les attaques se focalisent désormais et se systématisent contre une ethnie. Le Président est toujours en campagne électoral ;

3. L’indexation de catégories de citoyens appartenant à la même communauté, à travers des attaques et intimidations ciblées envers les Opérateurs Economiques, Cambistes et autres cadres de l’Administration publique avec pour seul motif, leur présumée support ou soutien à Cellou Dalein DIALLO ;

4. Le Mépris total pour la loi et les textes en vigueur dans le pays. Bien qu’ayant juré de respecter et de faire respecter la loi dans toute sa rigueur, le Président de la République, toujours dans sa peau d’opposant bafoue la loi pour régler ses comptes à tous les niveaux ;

5. Un Gouvernement pléthorique et qui ne répond à aucune vision digne d’un leader qui s’est préparé pour la gestion du pays. Conséquences, le pays se retrouve avec plus de 50 Ministres dont l’efficacité est de nos jours encore contestée. Cela vient tout simplement du fait que ce gouvernement est arrivé sans une structure formelle ;

6. Une Retraite Gouvernementale dont la finalité n’est toujours pas connue. Des dispositions étaient supposées sortir de là pour une meilleure cohésion dans les actions, ainsi que dans la définition de priorités et les orientations ;

7. Les Grandes « Orientations » du Gouvernement. Sous la pression du CNT, le Président de la République envoie, comme pour se débarrasser, son Premier Ministre pour livrer un Discours dit de Programme de Politique Générale qui identifie cinq (5) Priorités qui sont encore dans les tiroirs parce que sans modalités d’application ;

8. Le Retour des Caciques de Conté qui avaient pris le Général en otage en son temps. Dans un discours très dur par le passé, le Président de la République, alors candidat a toujours rejeté de travailler avec les purs et durs du régime Conté. A la surprise générale, les vieux démons reviennent aux affaires. Le doute s’installe ;

9. Des Etats Généraux de la Justice qui ont donné beaucoup d’espoirs dans le principe et qui finissent par accoucher d’une toute petite souris. Avec un Ministre qui est avocat et ayant été le patron du Barreau et un défenseur des droits, l’opinion croyait à une bonne issue. Le droit est plus que jamais bafoué dans le pays ;

10. La Volonté insistante de vouloir, à tout prix, maîtriser la prochaine Assemblée Nationale avec des actes et idées qui tournent autour de la décision de recommencer un recensement comme si celui qui a permis son élection n’était pas fiable pour lui assurer la majorité aux législatives, la destitution des élus locaux qui ne lui sont pas favorables, une forte implication des cadres de l’administration du territoire dans la sensibilisation des populations en sa faveur et l’installation de Louncény Camara à la tête de la CENI ;

11. La Gestion catastrophique des secteurs de l’Energie avec une cacophonie que personne ne comprend. Dès les premières heures, il est question de limoger tous les directeurs de EDG, ensuite un comité de gestion a été mis en place, des fonds ont été injectés, les délestages se sont accrus et des conseillers spéciaux ont été nommés avant de finir avec une implication du syndicat. Le résultat est que nous ne sommes pas prêts à avoir de l’électricité dans une perspective de court et moyen terme ;

12. Une Campagne Agricole comme du temps de la révolution ou plus récemment avec le projet Eau et Electricité pour tous où Dadis Camara avait demandé à tous ses Ministres d’aller dans les quartiers pour superviser les installations de forages dans toute la capitale. Sans aucune productivité, des Ministres sont répartis dans le pays profond pour une campagne et pendant ce temps, l’administration ne fonctionne pas ;

13. La Gestion Solitaire du pouvoir qui est caractéristique de tout gouvernement pléthorique avec des conflits de compétence et des incapacités notoires autour du Président. N’ayant plus confiance en personne, il centralise tout le pouvoir décisionnel. Conséquences, une lourdeur dans la prise de décision et forcément des erreurs parce que ne connaissant pas tous les dossiers dans les détails. C’est le cas de EDG et des intrants agricoles ;

14. Une chasse systématique aux cadres ressortissant d’une région dans l’administration pour les remplacer aussi systématiquement par ceux d’une autre région. Cette attitude reflète encore la continuité dans les faits et gestes de ce candidat en campagne qui est devenu Président et qui a toujours autant de mal à prendre le rôle ;

15. La Gestion catastrophique des massacres intercommunautaires qui ont eu lieu en forêt (Galakpaye) entre des ressortissants de la Haute Guinée et les autochtones. Il n’est pas à négliger non plus l’obligation face à laquelle les orpailleurs de Siguiri ont été soumis pour abandonner leur activité pour aller faire de l’agriculture contre vent et marée. La situation de l’expropriation des terres par la société SOGUIPAH en Forêt est dans tous les esprits encore ;

16. Une Volonté toujours aussi forte de Tribaliser le débat en faisant tout pour ramener les populations à voir la gestion de la politique comme étant un combat entre les ressortissants de la Haute Guinée qui sont au pouvoir et ceux de la Moyenne Guinée qui ne veulent pas de ce pouvoir, ou entre le RPG qui est aux affaires et l’UFDG qui le combat. Dans cette vision, il cherche à exclure ou tout au moins à ramener les autres de son côté, du débat politique parce que n’étant pas concernés selon lui ;

17. Les Evènements du 19 Juillet ont accentué cette « tribalisation » du débat pour continuer à stigmatiser une communauté pour attirer la foudre des autres sur cette dernière. Il est alors question de parler de militaires, d’opérateurs économiques, de cadres et de leaders politiques, tous impliqués dans ce « coup » et appartenant tous à la même communauté. Ainsi, il a été question d’interdire à la presse de faire cas de cet « incident » dans les débats.

Parmi tant d’autres actes qui ne sont pas forcément énumérés ici, la dernière carte du 19 Juillet a sérieusement mis en doute la volonté et la capacité réelle de ce pouvoir à régler effectivement les problèmes du pays. En effet, après à peine Sept (7) mois d’exercice, cet acte montre un malaise profond dans le rapport qui existe entre celui qui préside à la destinée de la nation et ses administrés.

Suite aux conséquences des doutes qui surgissent au sein de l’opinion nationale et internationale, il y a bien évidemment, comme il fallait s’y attendre, des réactions tant du côté du pouvoir que de celui de la classe politique en général, de la société civile et de la population tout simplement. Ces réactions entraînent des changements de comportements :

1. Le Président de la République ne parle plus de recensement intégral, mais de révision du fichier. Même s’il faut se méfier des termes et des définitions, il est à souligner qu’il y a une marche arrière qui est venue de la part du Président dont la source est plus facile à trouver du côté de la pression qu’il subit que de sa propre volonté ;

2. La décision de revenir sur l’interdiction de débats concernant les évènements du 19 Juillet par le CNC et qui était tout simplement contraire à la liberté de la presse. Là aussi, la pression, tant à l’interne qu’à l’externe a pris le dessus et le gouvernement a fait machine arrière ;

3. La libération des Prisonniers de l’UFDG dont la condamnation arbitraire avait surpris tout un chacun en Avril dernier lors du retour du leader de ce parti. La surprise fût encore plus grande de voir le Président gracier des prisonniers de droit commun et laisser des innocents en prison parce que politiques. Là aussi la pression a fait effet ;

4. La décision du Président d’entamer le dialogue avec le Collectif des Partis de l’Opposition pour la finalisation de la Transition qui cherche cette rencontre depuis plusieurs mois sans succès et certains leaders politiques. Cette rencontre aussi a été obtenue sous la pression des uns et des autres ;

5. La Décision, dans la même foulée de rencontrer les Opérateurs Economiques et l’Association des Orpailleurs de Guinée pour leur dire qu’il n’est contre personne et qu’il y a juste eu des malentendus et des interprétations de ce qu’il veut. Il est juste contre les trafiquants et les malfaiteurs.

Au de là de ces gestes dans le sens de l’apaisement du climat sociopolitique dans le pays pour une gestion de fin de transition apaisée, le Président de la République prend bien conscience des réalités du pays et du blocage qui ne lui permettent pas de progresser dans ses actions de gestion effective des affaires.

C’est dans ce cadre que les démarches se multiplient dans le sens de la décrispation. On voit alors la mise en place d’actions de concertation, d’ouverture de discussions entres coordinations régionales, à travers une grande implication du Mouvement Social.

C’est aussi dans cet esprit que nous avons assisté récemment à la mise en place et l’installation de nos deux compatriotes religieux pour s’occuper du dossier de la réconciliation nationale. La question qui reste posée est de savoir si c’est la bonne méthode, parce qu’en Guinée, tout le problème se trouve dans la méthode.

Il est clair que les erreurs et dérives du pouvoir actuel et ceux du Président lui-même dans la gestion des affaires publiques viennent d’un grand manque d’expérience accompagné d’une obstination à croire, à tort, qu’il y a des démons qui lui veulent du mal partout d’une part et aussi et surtout du fait de s’entourer de ces caciques qui ont pris Lansana Conté en otage surtout durant les dernières années de son pouvoir, d’autre part.

Ces erreurs ont amené une grande partie de la population à douter. Ces doutes, à tous les nouveaux ont renforcé la position du Collectif des Partis de l’Opposition au point que Jean Marie Doré lui-même reconnaît, avec beaucoup de bon sens qu’il ne peut y avoir de dialogue constructif sans cette opposition.

La seconde conséquence de ces erreurs est tout simplement la création et c’est le fait marquant de l’actualité politique du moment et qui est la création de l’Alliance Electorale qui porte le nom de « Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP) », sous la conduite de Lansana Kouyaté du PEDN et Jean Marie Doré de l’UPG avec pour porte-parole Aboubacar Sylla de l’UFC.

Il est à rappeler que Kouyaté fût l’homme fort de l’Alliance Arc-En-Ciel lors du second tour avec pour apport, les finances et plus de 7% au premier tour. L’opinion savait que cette Alliance était contre nature et que la rupture était prévisible, mais pas aussi vite. A peine Huit (8) mois après l’installation, c’est des déclarations de déception et la rupture.

Pour Jean Marie Doré et Aboubacar Sylla, on se souvient des actes que ces deux personnages ont posés durant la transition en faveur du Président actuel, l’un en tant que Premier Ministre et l’autre en tant que Ministre de la Propagande, Oups pardon, de l’Information.

Il est clair qu’une nouvelle ère politique s’ouvre avec pour toile de fonds, les prochaines législatives. Avec ces défections, il faut dire que la Haute Guinée, fief naturel du RPG sera partagée entre Alpha et Kouyaté avec pour arbitres, les déçus et les sceptiques qu pouvoir de Alpha. Jean Marie Doré avec les bénéfices financiers tirés de la transition est vraiment une menace pour Alpha en Forêt. Cette menace se précise encore plus lorsque le Président de la République met en cause publiquement l’intégrité de Papa Koli Kourouma dans la gestion énergétiques et celle de Jean Marc Téliano dans l’acquisition des intrants agricole. Cela n’aide en rien le Président du RPG à gagner des voix en Forêt.

Dans cette perspective, il est aisé de considérer que la fin de Alpha est d’une certitude mathématique. Les jeunes étant, comme dans tous les pays du tiers monde, un électorat décisif, Alpha paiera fort les résultats des récents examens nationaux surtout quand une bonne partie de l’opinion considère les choses ne se sont pas passées dans la transparence.

Le Constat est sans appel :

« Trop d’accumulation d’erreurs pour permettre à Alpha de s’en sortir ! »

Mamadou BARRY, Analyste Financier mamadoubiro@yahoo.fr